Conférence publique du 5 février 2025, par M. Xavier Vittori, Directeur de l’urbanisme à la Ville de Troyes

Très grosse affluence pour la première conférence de l’année organisée par notre section Arts présidée par M. Jean-Louis Humbert, lequel a élaboré le riche programme de l’année.

Dans sa présentation M. Humbert rappelle que la réutilisation des bâtiments industriels de la ville n’est pas tout à fait chose nouvelle car, déjà dans les années 1950, les Archives départementales et les services fiscaux se sont installés dans les anciennes usines SGB et Brelet. Avant de passer la parole à M. Vittori, il tient à rendre hommage à MM. Granet et Baroin, artisans de la protection telle qu’on l’entend aujourd’hui. Notons que lui-même n’y est pas étranger, en tant qu’historien du XIXe siècle troyen et défenseur acharné du patrimoine industriel.

M. Xavier Vittori

M. Vittori rappelle que le patrimoine lié aux années fastes de la bonneterie (1850-1950) a laissé une forte empreinte foncière sur le territoire troyen, ce qui aujourd’hui donne l’opportunité de conserver en centre-ville des activités qui auraient migré en périphérie telles que le cinéma, la patinoire et surtout de favoriser la mixité sociale en créant des logements et des commerces. Engagée depuis près d’une trentaine d’années, la reconversion des sites usiniers est une démarche collégiale qui associe l’architecte des bâtiments de France et combine l’histoire, le patrimoine, l’urbain et l’environnement.

Curetage, rue Rothier, Mon Logis
Construire dans l’existant, site Mauchauffée, Troyes Aube Habitat
Délabrement contrôlé, rue Couturat, Troyes Aube Habitat

Après quelques opérations pilotes du côté de la gare, cette mise en valeur de l’architecture a été amplifiée par l’adoption d’outils de protection et de valorisation tels que la ZPPAUP (Zone de Protection du patrimoine Architectural Urbain et Paysager) à partir de 2005, relayée par l’AVAP (Aire de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine) en 2022. Depuis 20 ans, cette servitude patrimoniale permet de valoriser tout type de patrimoine à diverses échelles : maison ouvrière, maison bourgeoise, premiers collectifs sociaux « HBM », certains grands équipements comme les gares, les sites usiniers en reconversion ou non, mais également les espaces verts (parcs, jardins d’agréments, fonds de jardins etc.).

Concernant les usines, les objectifs principaux sont de conserver les éléments remarquables comme les sheds, les cheminées, les matériaux, les détails architecturaux, tout en adaptant les bâtiments à leurs nouveaux usages et en conservant la cohérence du paysage urbain.

M. Vittori développe son propos en citant quelques techniques de valorisation illustrées par des exemples telles que la conservation intégrale de l’ancien, le « façadisme » qui consiste à ne conserver que la façade et construire du neuf derrière (par ex. rue Coulommière proche de la gare), le « curetage » ou création de vides et patios pour laisser entrer la lumière et créer des espaces de vie sociale (quartier Bégand-Courtalon, rue Rothier), la greffe sur l’existant en s’inspirant de l’architecture (résidence seniors de l’île Fra-for), ou encore le « délabrement contrôlé » qui permet de conserver une apparence d’époque en attendant mieux.

Façadisme, rue Coulommière, Mon Logis
Greffe sur l’existant site Frafor

Les enjeux ne sont pas seulement architecturaux mais aussi sociétaux et environnementaux. La vie sociale se trouve renouvelée par l’arrivée de nouveaux habitants avec de nouvelles formes urbaines (lofts, maisons de ville, petits collectifs etc.). S’y ajoute une mixité des fonctions  avec des équipements ludiques en centre-ville, des centres commerciaux, et de  nouveaux espaces publics, semi-publics ou privatifs. Parmi les exemples les plus emblématiques, citons le quartier Danton avec la concession Renault, Conforama, Coltyut, ou encore le quartier des 3 Seines et son multiplexe cinématographique, sa patinoire, ses restaurants, ses hôtels, ses bureaux, son grand parking, le tout dominé par une haute cheminée en briques qui rappelle l’ancienne vocation industrielle du site. Du reste il subsiste 19 cheminées dans la ville qui ne sont pas toutes seulement « décoratives ». Ainsi celle qui se dresse sur l’ancien site Mauchauffée, rue Bégand, sert d’aération au parking souterrain.

La reconversion des usines permet aussi de désenclaver les espaces et de créer de nouvelles « liaisons douces ». Par exemple sur le site Vachette une liaison piétonne entre la rue de la Paix et la rue Brulard ou, sur l’ancienne chocolaterie Jacquot, une liaison en projet entre l’école de commerce et le parc des Moulins.

L’enjeu environnemental n’est pas le moindre. La valorisation du patrimoine s’accompagne d’une préservation des ressources naturelles et tend à privilégier les qualités environnementales et sanitaires des lieux par la gestion de la pollution, la désimperméabilisation des sols pour favoriser l’infiltration de l’eau pluviale et la création de nouveaux espaces verts. M. Vittori termine son exposé en évoquant deux « nouveaux patrimoines à reconquérir et à transformer », et surtout à dépolluer : la bonneterie Absorba-Poron à l’ouest de Troyes et la  papeterie Bolloré proche du parc des Moulins, auxquels un auditeur ajoute l’ancienne teinturerie TEO, rue aux Moines, dont on ne sait que faire

MM. Humbert, Vittori et Vitu
Forte affluence