« Les villages d’autrefois se singularisaient par leur esprit de clocher, source de querelles picrocholines savoureusement illustrées par les récits de Clochemerle ou de La guerre des boutons. Villenauxe-la-Grande n’a pas échappé à ce phénomène. Le bourg des origines était formé de deux communautés, Villenauxe et Dival, situées dans le prolongement du même ruisseau et de la même rue principale, accolées l’une à l’autre mais séparées par leur différence de mentalité et leur volonté farouche de préserver chacune leur individualisme. »

Après avoir dressé  ce constat, Jean-Claude Terrillon formule des hypothèses sur la lointaine origine de cette rivalité. Il constate qu’elle a été entretenue sous l’Ancien régime par des différences d’organisation, tant sur le plan militaire, religieux et seigneurial que sur celui de l’administration courante, et par une dissemblance sociologique.  Il analyse les changements induits par la Révolution, les causes du déclin démographique qui a suivi la Restauration, les évolutions consécutives au développement d’activités nouvelles et à l’installation du chemin de fer à la fin du XIXe siècle. Il expose enfin, qu’après le nouveau déclin résultant des deux guerres mondiales du XXe siècle, un nouvel élan a été induit par l’accueil du personnel de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine dans les années 1980 et celui du centre de détention ouvert en 1991.

« L’éclatement des familles provoqué par l’évolution des mœurs et l’éloignement géographique fait que nos cimetières sont en train de mourir faute de visiteurs […] Depuis des années, dans une indifférence générale, des tombes sont relevées et leurs monuments détruits » . Les cimetières qui subsistent encore autour des églises sont progressivement déplacés à l’écart des villages pour laisser la place à des espaces de verdure.

Quelques personnes réagissent à cette situation au moyen de manifestations, comme  Le Printemps des cimetières . Il s’agit, précise notre collègue Pascal Sommé, de rappeler l’intérêt historique, ethnologique et même artistique de ces lieux. »

C’est ce à quoi il se livre en rappelant l’évolution historique des cimetières de la préhistoire à nos jours : les premiers hommages aux trépassés de l’homme de Néandertal, les nécropoles rapprochées des églises et sacralisées par un rite du Xe siècle, les sépultures individuelles se substituant aux fosses communes au XVIIIe siècle, les symboles funéraires, les épitaphes et le fleurissement des tombes au XIXe, et le développement des objets funéraires factices au XXe. De nos jours, la révolution sociétale conduit à de nouveaux rituels comme la crémation qui induit une nouvelle configuration de la nécropole.

Symboles funéraires
Accessoires funéraires

Il conclut par ces mots : « la mort n’est plus consensuelle, presque une faute de goût. On meurt de moins en moins à la maison. Les veillées funèbres ont pratiquement disparu. J’appartiens sans doute à la dernière génération qui a connu les pleureuses. Pourtant, c’est sur les flots générés par leurs larmes que la barque de Charon a pu naviguer. »

Tombe relevée
Nouvel espace de cimetière