Conférence du mercredi 4 juin 2025, par M.Michel Bollet, président de l’association

Qu’est-ce qu’une scène conventionnée ? « C’est une appellation qui marque la reconnaissance par l’État du rôle d’une structure culturelle comme acteur d’une politique publique « d’intérêt national » pour la culture. Les scènes conventionnées d’intérêt national occupent une place centrale dans le dispositif culturel français. L’appellation vient reconnaître et qualifier une programmation, une ligne artistique, un engagement remarquable en direction de la création, source de visibilité professionnelle et publique pour les équipes artistiques accueillies et de fierté pour les habitants du territoire. Les institutions qui bénéficient de cette appellation portent une responsabilité forte dans l’écosystème de la création en partageant leur outil et leur savoir-faire avec les équipes artistiques. »

Le théâtre municipal de la Madeleine, qui date du XVIIIe siècle, est une salle à l’italienne, « un cube et un cylindre », d’une capacité de 382 places utilisables. Il bénéficie du label « scène conventionnée d’intérêt national » depuis 25 ans sous la responsabilité de Michel Bollet, notre intervenant de ce jour.

Le théâtre de la Madeleine

Avant de développer le sujet, M. Bollet tient à rappeler brièvement la longue histoire du théâtre qui commence en Grèce au Ve siècle avant J-C et qui a été pendant 21 siècles un spectacle de plein air. Du reste certains théâtres antiques, par exemple Épidaure ou Orange, sont encore utilisés de nos jours. Tous nos dramaturges aussi bien classiques que modernes, de Corneille à Brecht en passant par Molière et Anouilh, sont les héritiers d’Eschyle, Euripide, Sophocle ou Aristophane. Fait remarquable les femmes sont alors interdites de scène, situation qui a perduré jusqu’au XVIe siècle.

L’avènement du christianisme « enterre » le théâtre qui renait vers l’an 1000 sous forme de drames liturgiques, miracles, puis mystères, tel celui décrit par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris. Par réaction se crée un théâtre satirique profane comme la Fête des fous dans lequel M. Bollet voit le germe du théâtre de boulevard.

Le XVIe siècle marque la naissance du théâtre d’auteur ainsi que du monopole, une seule salle à Paris, et de la fameuse règle des trois unités, de temps, d’espace et d’action. La reine Catherine de Médicis fait venir des troupes italiennes qui influenceront beaucoup Molière. Les textes commencent à s’écrire en prose. En 1680, avec la Comédie française, nait le théâtre soutenu par l’État.

Parallèlement se développe un théâtre populaire de bateleurs qui se joue dans la rue, notamment sur les larges trottoirs du Pont-Neuf. La Révolution reconnait le rôle éducatif du théâtre, M. Bollet cite Robespierre : « Les théâtres sont les écoles primaires des hommes et un supplément à l’éducation nationale. »

Il reste cependant un spectacle « bourgeois », et il faut attendre 1945 et Jean Vilar pour que se mette en place un théâtre populaire subventionné à travers le TNP et le festival d’Avignon. « Le théâtre doit être un service public au même titre que l’électricité et le gaz », déclare Vilar. Dans le même temps se développent les Maisons de la culture sous l’impulsion d’André Malraux. En 1971, Robert Hossein crée le théâtre populaire de Reims « parce qu’il n’y a pas qu’à Paris ».

La mise en place des Directions régionales des affaires culturelles, la séparation au conseil municipal de Troyes de la culture et de l’éducation confiées à deux adjoints distincts ayant chacun leur budget vont conduire à la naissance de la scène conventionnée de la Madeleine. Michel Bollet se voit confier la culture et en 2000 prend la présidence de l’association loi 1901 qui gère le théâtre. Pierre Humbert est nommé directeur et en 2019 Corinne Licitra lui succède. Cette dernière ayant cette année rejoint la Normandie, le poste est pour l’instant vacant, mais attractif, puisque 36 candidats sont sur les rangs. Le processus de sélection est en cours sous le contrôle étroit de la DRAC.

Il faut dire que le rôle du directeur est essentiel car il a l’exclusivité de la programmation qui doit répondre à un cahier des charges précis répondant au double objectif, d’une part de favoriser la création en participant à la production des œuvres, en accueillant les équipes artistiques en résidence et en recherchant de nouveaux créateurs, et d’autre part, de permettre la rencontre entre ces œuvres et un public, le plus nombreux et le plus diversifié possible. Des spectacles doivent être dédiés au jeune public et de fait en 2024 plus de 5000 scolaires (contre 7000 adultes) ont fréquenté le théâtre rempli en moyenne à 82 % grâce à une tarification « populaire », de 6,50 à 18 €.

Le label « scène conventionnée » est attribué pour 4 ans et porte sur le projet artistique et culturel conçu et mis en œuvre par la direction. En 2024, La Madeleine a renouvelé sa demande d’agrément avec la mention Art et Création.

Les questions venues de l’assistance ont permis à M. Bollet de préciser certains points notamment le fait que la Ville met gracieusement les locaux à la disposition de l’association et qu’une médiatrice de l’Éducation nationale assure la liaison entre le théâtre et le public scolaire.