par Bernard Lion et Claude Dumay, Membres du Service histoire et patrimoine de la paroisse

Belle affluence pour la première conférence de l’année organisée par notre section Lettres et histoire présidée par M. Guy Capet, conférence qui fait en quelque sorte la transition avec le cycle de l’an dernier consacré aux arts puisqu’il y est autant question d’art que d’histoire. En effet, les deux conférenciers évoquent l’architecture, les arts du verre et de la mosaïque, ainsi que la sculpture avec Henri Charlier, artiste polyvalent récemment installé à Mesnil-Saint-Loup au moment de la construction de l’église, et qui semble avoir joué un rôle déterminant dans le choix de l’architecte, Dom Paul Bellot.

M. Bernard Lion

Né à Paris en 1876, issu d’une famille d’architectes, Paul Bellot intègre l’école des Beaux-Arts à 18 ans, obtient son diplôme à 24 ans, entre à l’abbaye bénédictine de Solesmes l’année suivante, enfin devient prêtre en 1910, ce qui ne l’empêche pas d’exercer son métier. Il voyage beaucoup, de l’Andalousie aux Pays-Bas en passant par l’île de Wight, si bien que l’architecture de l’église des Trévois présente un étonnant syncrétisme entre le style hispano-mauresque et la technique hollandaise de la maçonnerie en briques de béton.

Avant de développer l’édification proprement dite, M. Lion s’attache à expliquer comment la croissance démographique du quartier a nécessité la construction d’une église paroissiale. Les Trévois sont un quartier périphérique traversé par le « canal sans eau », devenu boulevard Jules Guesde. En 1911, le quartier compte déjà 7 teintureries et 3 blanchisseries auxquelles s’ajoute la chocolaterie Jacquot en 1920. En 1925-1926 des Habitations Bon Marché (HBM) sont construites, la villa Benoit Malon suivie de la villa Jules Guesde évoquée dans la conférence de M. Cauquelin l’an dernier. Ensemble elles accueillent 232 familles. La petite chapelle Notre-Dame de l’Écherelle, succursale de la paroisse Saint-Jean-au-Marché, qui ne date pourtant que de 1911, s’avère vite trop petite.

En mai 1930, un comité est constitué sous la présidence d’honneur de l’évêque Mgr Feltin en vue de construire un nouveau lieu de culte sur un terrain contigu à la chapelle acquis en 1922. Chargé de récolter des fonds, principalement par souscription, et d’effectuer la construction, il comprend plusieurs industriels troyens, des entrepreneurs du bâtiment et trois architectes. Dom Bellot, domicilié dans le Pas-de-Calais, dressera les plans, les Troyens Joseph Hugot et René Roger superviseront les travaux et adresseront chaque semaine leur rapport à Dom Bellot.

Les plans d’origine sont ceux d’une église « classique » en forme de croix latine avec une abside à cinq pans, présentant toutefois la particularité d’une nef très large et de bas-côtés réduits à l’état de couloirs ainsi que d’une sacristie qui fait le tour du chœur à l’image des déambulatoires. Les élévations sont assez différentes de l’aspect final de l’édifice car on y voit deux clochers-tours flanquant la façade. Dom Bellot avait un temps envisagé un grand clocher de 35 m de hauteur. Mais les difficultés financières ont eu raison de ces projets dispendieux et on a dû se contenter d’un « campenard » ou clocher-mur culminant à 16 m et surplombant un oculus.

Le permis de construire est accordé le 8 décembre 1931 alors que la première pierre a été posée officiellement le 6 avec une truelle dorée gravée aux armes de Mgr Feltin que la paroisse vient d’acquérir. En vérité les travaux avaient commencé dès octobre.

A l’aide de photos d’époque, M. Lion détaille les différentes étapes de la construction qui durera deux ans et demi puisque l’église est consacrée le 18 juin 1934 et inaugurée le 23. La réception définitive des travaux a lieu le 4 juin 1935.

Le 18 novembre 1938 l’église Notre Dame des Trévois est érigée en paroisse sous le titre de Notre Dame des sept douleurs, le premier curé est nommé quelques jours après.

L’édifice est entièrement en béton, fondations en béton armé, parties aériennes en briques de béton colorées en noir, gris, blanc, rouge clair et rouge foncé, jointoyées en blanc, rouge, ocre ou gris. La charpente est en sapin rouge du nord et la toiture à motifs géométriques rappelle la tradition troyenne des tuiles glaçurées, abandonnées après le XVIe siècle. Par souci d’économie Dom Bellot remplace la terre cuite par trois couleurs d’ardoises fournies par les carrières de Fumay dans les Ardennes : le rouge lie de vin, le vert et le gris. Les ardoises ordinaires proviennent d’Anjou.

Sur la façade une Vierge à l’Enfant en pierre blanche d’Henri Charlier accueille le visiteur, lequel en pénétrant dans l’édifice est saisi par l’importance de la nef rythmée par une série d’arcs en briques de forme ovoïde portant la charpente. L’arc « Œuf Gival », comme le nommait Dom Bellot, est un arc en chainette qui permet de couvrir d’un seul tenant une large salle. L’alternance de couleurs des motifs décoratifs rappelant le style andalou accentue cet effet saisissant. Un arc plus petit que ceux de la nef et aux couleurs plus ternes marque l’entrée dans le chœur surélevé de deux marches où le Christ en croix d’Henri Charlier se détache sur un fond de briques blanches. L’abside est ornée de quatre grands décors Art déco peints avec une résine imitant la fresque et rehaussés de mosaïques en tesselles de verres colorés ou opaques. Deux d’entre eux sont percés d’un oculus garni d’un vitrail. Posés dans les années 1940, ils sont l’œuvre de Carl Mauméjean, héritier d’une dynastie d’artistes originaire de Dax dont nous entretient le second intervenant, M. Dumay. Ils représentent l’Immaculée conception, l’Annonciation, la Descente de croix et le Couronnement de la Vierge. Le chemin de croix en moulage de plâtre imitant le bois, dû à Fernand Py, et une vitrerie aux motifs géométriques complètent la décoration. En 1941, un orgue est posé dans la tribune.

Le 6 juillet 2001, l’église Notre-Dame des Trévois est classée Monument historique.

Questionné sur le futur par un auditeur, M. Lion répond que celui-ci commence maintenant car « la mamie de 90 ans a besoin d’un lifting ». Reste à trouver le financement.