Séance délocalisée au château de La Motte-Tilly, en présence de M. Anton Roiné, administrateur adjoint du château que nous remercions pour son accueil et de Mme la Sous-préfète de Nogent-sur-Seine que nous remercions de nous avoir honoré de sa présence.

Notre collègue Gilles Deborde, éminent archéologue, rappelle que la partie de la basse vallée de la Seine, entre Romilly-sur-Seine et Nogent-sur-Seine a été le secteur du département de l’Aube le plus investi par l’archéologie. Il propose de concentrer son propos sur les exceptionnelles découvertes résultant de l’exploitation des bancs de graviers et de sable d’une partie de la vallée alluviale de la Seine, située entre Barbuise-Courtavant, La Villeneuve-au-Châtelot et Pont-sur-Seine, là où en un siècle et demi, « plusieurs générations d’hommes et de femmes, passionnés d’art ou d’archéologie, se sont relayées sur le terrain, pour que ces objets nous délivrent le témoignage d’un héritage culturel commun à transmettre, d’un patrimoine matériel en lien avec l’histoire de l’humanité ».

Il retrace ensuite l’évolution des explorations archéologiques : leur début, en 1845, porté par la curiosité et le profit; leur intensification au XXe siècle avec l’accroissement de l’exploitation des gravières ; leur rationalisation en 1962, avec la création du Groupement Archéologique du Nogentais (GAN), soucieux d’éviter une dispersion sauvage des objets mis au jour et initiateur du renouveau du musée archéologique de Nogent-sur-Seine en 1975 ; enfin leur professionnalisation en 1973, avec l’instauration de l’archéologie préventive, confiée d’abord à l’Association pour les fouilles archéologiques nationales (AFAN) puis à l’INRAP en 2002.

Le conférencier dresse enfin un panorama de l’occupation humaine du Nogentais aux différents âges de la préhistoire et de la protohistoire, avant de déplorer que le bouleversement du paysage, induit par l’exploitation intensive des gravières, ne présente « plus aucun amer culturel susceptible de relier ces plans d’eau à cette histoire profonde de l’humanité ». La trace n’en subsiste plus que dans les écrits que le conférencier invite à consulter et dans les musées qu’il incite à visiter.

Allée couverte et menhir de la ferme de Frécul
Zone d’étude

Les transports fluviaux empruntant la Seine ont joué un rôle essentiel dans le développement économique de l’actuel département de l’Aube et singulièrement de Nogent-sur-Seine. Cette navigation exigea très tôt que le cours du fleuve soit aménagé pour  maintenir en toutes saisons un niveau d’eau compatible avec le tirant d’eau sans cesse croissant des bateaux.

Notre collègue Gérard Mahot rappelle les travaux qui furent menés à cet effet au cours des XVIIIe et XIXe siècles dans le département de l’Aube. Puis il s’attache plus particulièrement à retracer l’historique de la navigation de Paris à Nogent-sur-Seine.

La navigation sur ce parcours a été notablement améliorée par des travaux réalisés dans le dernier tiers du XIXe siècle : dragage des fonds, aménagements de barrages mobiles et de barrages-écluses, rescindement des méandres. Puis le gabarit croissant des bateaux nécessita de nouveaux travaux d’élargissement et de suppression des méandres qui furent réalisés dans les années 1970 de Paris à Bray-sur-Seine. C’est alors que les élus du département, les compagnies consulaires et les Ets Soufflet demandèrent la prolongation de cette voie navigable à grand gabarit sur la trentaine de kilomètres séparant Bray-sur-Seine de Nogent-sur-Seine.

Barrage de Beaulieu
Passe à poissons et barrage de Jaulnes

En 1981, alors que les plans détaillés des travaux étaient établis, le gouvernement refusa de signer la déclaration d’utilité publique du projet, ayant décidé de favoriser les transports ferroviaires au détriment des voies fluviales.

Un certain nombre de travaux purent cependant être réalisés pour faire face à l’augmentation importante du trafic induit par le développement industriel de Nogent-sur-Seine. Cette situation a conduit la ville à décider de la construction d’un nouveau port pourvu d’accès routiers et ferrés permettant la trimodalité.

Les préoccupations environnementales ont permis de relancer le projet de canal à grand gabarit de Bray à Nogent en 2010. Il a été déclaré d’utilité publique par un décret du 22 juillet 2022. Les travaux devraient débuter en 2028 pour une mise en service en 2032, sous réserve qu’une enquête environnementale en cours les accepte.

M. Mahot émet le vœu de voir un jour la Seine à grand gabarit couler au pied du quai « Michel Soufflet », important industriel nogentais récemment disparu et grand militant du projet. Ce serait, dit-il, « le plus bel hommage qui pourrait lui être fait ».