Conférence publique du mercredi 3 décembre 2025, par Michel Girost, Président du centre pour l’UNESCO Louis François, assisté d’Anthony Cardoso, directeur adjoint d’IMAJ

Pour clore ce cycle de conférences élaboré par notre section Arts, nous avons invité un membre d’honneur de notre Société en la personne de M. Michel Girost, un passionné doué d’une énergie peu commune qui a su transformer le modeste Cercle pour l’Unesco de Troyes en Institut mondial d’art de la jeunesse (IMAJ).

Par un propos liminaire que je résume ici, M. Girost pose la philosophie de son action : « L’enfance et la jeunesse sont notre principale ressource pour l’avenir. Elles représentent plus de la moitié de la population humaine aujourd’hui, c’est bien le principal agent de changement à l’échelle mondiale. »

Tout commence en 1978 avec un concours départemental de dessin organisé par le Cercle pour l’Unesco. En 1982, M. Girost adhère à l’association dont il prend la présidence au bout de trois ans. Il en fait modifier les statuts pour la dédier exclusivement à l’enfance et à la jeunesse puis entreprend de la faire accréditer comme Centre pour l’Unesco, projet ambitieux car il n’en existe que douze dans le monde. C’est chose faite en 1995. Entre temps le concours de dessin est devenu national puis international et l’association a été installée à l’Hôtel du Petit Louvre par Robert Galley, maire de Troyes. Les premiers ateliers d’art plastiques y sont organisés. Ils seront suivis de beaucoup d’autres y compris dans les bourgs ruraux car l’association entend développer la pratique artistique chez les jeunes avec pour objectifs de favoriser émancipation, confiance et estime de soi. Chaque année entre 8 000 et 11 000 jeunes sont concernés par ces activités.

Le concours est ouvert aux jeunes de 3 à 25 ans répartis en 6 catégories d’âges. Les productions affluent du monde entier, en moyenne 4 500 par an, et une première exposition est organisée à Châlons-en-Champagne en 2006 suivie en 2013 de l’inauguration de l’artothèque Mémoire du futur où sont conservés les milliers de dessins accumulés par l’association. Enfin en 2019 vient la consécration, le Centre devient l’Institut mondial d’art de la jeunesse, une structure unique au monde qui se fixe pour objectifs « d’inscrire la jeunesse dans la mémoire de l’humanité » et de valoriser les productions artistiques des jeunes.

Depuis la création du concours, 128 000 productions artistiques provenant de 155 pays ont été collectées, ce qui constitue un patrimoine unique au monde, M. Girost n’hésite pas à parler de « trésor », dont il faut assurer la conservation, comme l’exige la charte du concours, d’où la nécessité de l’artothèque et de ses 300 m2 pour les originaux qui sont par ailleurs numérisés en haute définition pour les mettre à disposition des chercheurs et se prémunir contre le vol et la dispersion du fonds. Autre défi technique de taille, conserver les images. Pour ce faire, l’université de technologie de Troyes (UTT) a été sollicitée ainsi qu’une plate-forme d’accueil américaine bien connue.

Aujourd’hui, IMAJ veut devenir un observatoire en éducation artistique et culturelle (EAC) en intégrant le réseau européen ENO dans lequel 18 pays sont déjà représentés. M. Girost, dont l’énergie semble inépuisable, a bien d’autres ambitions à l’international qu’il est impossible de rapporter dans ce bref compte rendu.

Au niveau local est envisagée la création d’un musée Graines d’artistes, projet favorablement accueilli par les élus mais qui se heurte à des contraintes budgétaires, contraintes qui n’épargnent pas l’association elle-même. M. Girost ne cherche pas à dissimuler son émotion quand il explique avoir été obligé de se séparer d’un collaborateur, en l’occurrence M. Cardoso, commissaire de l’exposition Graines d’artistes dans l’idéal olympique qui a connu un vif succès en 2024, à qui il passe la parole pour la suite de la conférence.

Si l’observatoire de l’EAC n’existe pas encore formellement, le riche fonds d’IMAJ donne matière à observer et analyser, exercice auquel se livre le conférencier dans un exposé en quatre parties abondamment illustré.

Art de la jeunesse ou jeunesse de l’art ? Chez le tout jeune enfant, partout dans le monde, la créativité est intacte puis elle se perd progressivement car vers 11 ans l’enfant se rend compte que « sa main a de plus en plus de difficultés à réaliser ce que l’esprit conçoit », comme le remarquait déjà Léonard. Mais à 3 ans l’enfant ne s’en soucie pas et du gribouillis originel surgit le bonhomme, d’abord simple « têtard » sur lequel se greffent des bâtons qui suggèrent les membres, puis progressivement apparaissent le corps puis les vêtements lesquels vont se différencier en fonction de la culture dans laquelle l’enfant baigne. Il en de même de la fameuse maison qui ne sera pas la même en Europe, en Afrique ou en Asie. Ainsi, à force de côtoyer des milliers de dessins, il est facile à M. Cardoso d’en discerner l’origine géographique.

De même, l’environnement culturel du jeune joue un rôle primordial, que ce soient ses lectures, ce qu’il voit à la télévision ou l’enseignement artistique qu’il reçoit. On remarque par exemple la supériorité technique des jeunes originaires des pays de l’ex-URSS ou de Cuba.

Dès qu’il commence à maitriser les techniques, vers 10-11 ans le jeune dessine pour s’inventer des histoires, son imaginaire est encore foisonnant, mais aussi pour représenter ce qu’il voit, souvent beaucoup mieux que par des mots. C’est si vrai qu’en 2007, la Cour pénale internationale prend en compte 500 dessins d’enfants décrivant des scènes de guerre au Darfour en qualité d’éléments de preuves « contextuels ». Il commence aussi à dessiner pour exprimer des idées, s’engager, alerter, tolérer, dénoncer…

On connait la célèbre phrase de Picasso : « quand j’avais 10 ans je dessinais comme Raphaël, il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant ». Ainsi, le maître reconnait à l’enfant le statut d’artiste. D’autres suivront tels Dubuffet ou Klee qui incite les artistes à aller dans la chambre de leurs enfants pour y trouver l’expression de l’art primitif.

Et si, comme l’écrivait Baudelaire le génie était « une enfance retrouvée à volonté » ?