La Société académique de l’Aube a tenu sa séance solennelle annuelle en présence de M. Pascal Courtade, Préfet de l’Aube et Président d’Honneur de la Société, et des représentants des autorités locales.

Discours de M. Michel Vitu, président

Après avoir salué les personnalités qui nous font l’honneur de leur présence, M. Vitu prononce son rapport moral qu’il place sous le signe du partage, de la reconnaissance et de la transparence. Pour sa première année à la tête de la Société, « association humaine, fondée sur la collaboration, l’écoute et le respect mutuel », il a pu s’appuyer sur un collectif solide et efficace, le bureau et le conseil d’administration bien sûr, mais aussi l’équipe de la bibliothèque et les différentes commissions, relecture, publication, héraldique.

Avant de développer ces différents points, il rend hommage à nos neuf disparus qu’il cite un à un. Leur engagement, leur présence et leurs qualités humaines ont durablement enrichi notre vie collective. Parmi nos défunts Mme Beryl Bowyer, figure attachante dont se souviennent les plus anciens, a généreusement légué une partie de ses biens à la Société.

 Mais cette année a également été marquée par un certain renouveau avec l’arrivée de quatorze nouveaux membres. Sans les citer individuellement, M. le président tient à saluer l’esprit qui anime ces nouvelles adhésions : curiosité intellectuelle, engagement et volonté de partager.

Il cite ensuite les dix-huit communications prononcées lors de nos séances mensuelles qui seront publiées dans nos Mémoires 2025, notant la grande variété des sujets traités qui ont exploré la richesse et la diversité du patrimoine aubois, entre mémoire collective, figures locales et regards sur l’histoire. Profitant de la présence à ses côtés de M. le Préfet, il évoque la validation des statuts votés lors de l’assemblée générale de 2024 qui malgré de nombreux échanges avec le ministère n’a toujours pas abouti.

Revenant en détail sur les activités de l’année, il note des réussites et une déception. Parmi les réussites l’activité toujours accrue de la bibliothèque de plus en plus sollicitée pour des recherches par l’intermédiaire de notre site internet ou des rencontres faites lors des salons auxquels nous participons. Son fonds s’est enrichi cette année de nombreux ouvrages scientifiques légués par une descendante de M. René Prin, éminent botaniste, membre résidant, président en 1961. Autre satisfaction, le succès grandissant de nos conférences du mercredi qui depuis leur création en 2013 par Mme Robinet marquent l’ouverture au public de la Société. Enfin les visites de quatre expositions à Troyes et la journée délocalisée à Brienne-le-Château. Cette année nous irons au Paraclet et au château de la Motte-Tilly. Par contre il se dit fort déçu de ne pas avoir réussi à organiser la traditionnelle sortie d’automne mais promet de faire mieux cette année. Des pistes sont en cours d’exploration et la date est déjà fixée. Ce sera le 3 octobre.

Pour conclure, il tient à redire combien sa première année à la présidence de la Société académique a été stimulante et pleine d’enseignements grâce à l’engagement constant de chacun. Il estime que notre société se porte bien, que l’atmosphère y est conviviale et dynamique et qu’elle reste une institution profondément ancrée dans notre département. Il termine par ces mots : « Depuis sa création en 1798, fidèle à sa devise, elle n’a cessé de collecter pour diffuser, bien au-delà de notre département. Elle demeure aujourd’hui une véritable référence culturelle et un témoin vivant de notre patrimoine local. L’année qui s’ouvre nous offre de nouveaux défis : acceptons-les et relevons-les ensemble. »

Intervention de M. Philippe Pichery, président honoraire du conseil départemental

M. Pichery, venu en ami du président et de la Société, dit son plaisir de représenter le Département à l’assemblée d’une « noble institution » investie intensément dans la défense du patrimoine à l’heure où la vie associative est en crise. Bien que de formation scientifique, il classe la littérature et la langue, qui « fait société », dans le patrimoine à défendre. Et, citant Boileau, de trancher sans le savoir un débat qui a eu lieu au sein de l’équipe organisatrice entre les termes « déstockage » et « désherbage » pour définir notre vente exceptionnelle d’ouvrages du 28 juin dernier qui a connu un grand succès.

Intervention de M. Marc Sebeyran, maire-adjoint de Troyes

M. Sebeyran, au nom de M. François Baroin retenu par ailleurs, est venu réaffirmer le soutien indéfectible de la Ville de Troyes à la Société académique qu’il qualifie de « vigie culturelle et intellectuelle du territoire ». En bon historien, il fait remarquer son parcours biséculaire à travers tous les régimes politiques accumulant un corpus immatériel inégalable. Il rappelle que c’est la Société qui a créé le musée Saint-Loup qui s’apprête à accueillir l’exceptionnelle collection archéologique du « Prince de Lavau » sans omettre de préciser qu’en retour c’est la Ville qui nous héberge, attirant l’attention sur notre riche bibliothèque et la somptueuse salle des séances décorée de magnifiques vitraux.

Allocution de M. Pascal Courtade, Préfet de l’Aube

M. le préfet, Président d’Honneur de la Société académique se dit heureux et honoré de se trouver parmi nous. Dans un propos liminaire il nous fait part de son appréhension quand il a reçu notre invitation. Il craignait que connaissant sa formation d’historien médiéviste nous lui demandions une conférence en bonne et due forme, ce qui, soit dit en passant, pourrait être une excellente idée dans d’autres circonstances. M. Vitu l’a pleinement rassuré en lui précisant que nous n’attendions qu’une courte allocution « protocolaire » dans le sens le plus noble du terme, exercice auquel il se livre volontiers en commençant par rebondir sur la question du président concernant la validation de nos statuts.

La préfecture ayant pris contact avec le service compétent au ministère, M. le préfet est en mesure de nous indiquer que notre dossier est à l’instruction et en bonne voie mais qu’il est loin d’être le seul, tout en reconnaissant avec humour que « les retards de l’administration sont toujours inexcusables ».

M. le préfet est d’abord venu nous apporter la reconnaissance de l’État pour le travail accompli dans le domaine intellectuel et patrimonial mais aussi dans la promotion du livre qui « résonne avec beaucoup de douceur à ses oreilles », enfin dans la conservation de la mémoire. Amoureux du livre et « adversaire féroce du numérique pédagogique », il a été très impressionné par la grande salle de la médiathèque Jacques Chirac qui conserve la bibliothèque de l’abbaye de Clairvaux, tout en reconnaissant que notre salle des séances « n’est pas mal non plus » et qu’il a hâte de découvrir notre propre bibliothèque.

Concernant la mémoire, M. le préfet en distingue trois dans le département dans lequel il est amené à « s’enraciner » avant de « s’envoler » vers d’autres cieux : le patrimoine médiéval, la mémoire de la seconde guerre mondiale et celle de Rachi que ses services contribuent à faire labelliser en collaboration avec la Ville de Troyes. Mme Destarac nous en avait parlé l’an dernier.

Ayant visité dans le cadre de ses fonctions le musée de la Résistance de Mussy-sur-Seine, il a été troublé par les proclamations des préfets de l’époque restreignant les libertés, ce qui l’a amené à se demander quelle serait son attitude si « des temps troublés » devaient d’aventure être de retour.

Revenant sur le patrimoine médiéval omniprésent dans le département, il remarque que les plus modestes églises de nos villages renferment « des trésors ». Il a été amené à inaugurer la réouverture de l’église Saint-Maclou de Bar-sur-Aube et la restauration de l’église de Rumilly-lès-Vaudes, en attendant la collégiale de Mussy. Mais c’est la très modeste chapelle Saint-Gengoult de Courmononcle, « restaurée par des passionnés » qui l’a le plus impressionné. Terminant son propos par Clairvaux, le plus gros chantier hors Paris du ministère de la Culture en termes de budget, il fait remarquer que paradoxalement le site a été très peu fouillé et qu’il n’existe aucun précis de l’histoire de Clairvaux. Il annonce la visite dans les prochains jours de la directrice générale du patrimoine qui viendra inspecter les travaux du grand cloitre.

Il conclut sous de vifs applaudissements en formulant le vœu que la Société continue encore longtemps à « travailler au patrimoine immatériel de l’Aube qu’elle fait vivre au quotidien ».