Admission à l’honorariat de Françoise Pillot-Sassinot
Notre collègue Françoise Pillot-Sassinot a souhaité démissionner du fauteuil n° 28 de la section Lettres et Histoire. Entrée dans notre compagnie en 1990, elle a été élue membre résidant en 1996 et a occupé le poste de secrétaire générale de 1997 à 2006, avant de rejoindre l’équipe de gestion de la bibliothèque.
Sur proposition du président et du conseil d’administration, elle a été nommée membre résidant honoraire par acclamations avant que le président ne lui remette un bouquet en reconnaissance de ses éminents services.

Une histoire de la presse régionale, par Guy Capet, MR
Notre collègue Guy Capet, journaliste, propose de dresser un vaste panorama historique de la presse de notre région.
Il commence avec Théophraste Renaudot (1586-1653), considéré comme le fondateur de la presse française, dont la célèbre « Gazette », fondée en 1631, a été imprimée à Troyes de 1686 à 1751. Suit la présentation d’une multitude de feuilles et journaux publiés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, parmi lesquels on relève, en 1797, « Le journal de l’école centrale et de la Société d’agriculture du département de l’Aube », société précurseure de notre actuelle compagnie.

M. Capet relève deux moments forts de l’évolution de la presse :
- La loi sur la Liberté de la Presse de 1881, qui marque un tournant décisif.
- l’instauration d’un statut des journalistes et de la carte de presse, dans les années 1935/36, dus à l’initiative du député Emile Brachard.
Puis il revient sur la structuration et la diversification de la presse auboise au 19e siècle d’où émergent de nouveaux titres épousant des positions politiques affirmées, dont il détaille la présentation.
Il en arrive à la Libération qui ouvre une nouvelle ère où se créent de nombreux titres issus des mouvements de la Résistance. Par la suite, les contraintes économiques conduisent progressivement à la disparition ou à la perte d’indépendance de ces journaux, repris par de grands groupes, tel le groupe belge Rossel qui possède actuellement de très nombreux titres du Nord-Est de la France.
Aujourd’hui la révolution numérique, la gratuité de l’information sur internet, souvent entachée de fausses nouvelles, le développement exponentiel de l’intelligence artificielle, imposent « que la presse s’adapte sans cesse aux évolutions de son temps et se batte pour rester un acteur majeur de l’information locale et du débat public ».



Les stalles de l’église de Pont-Sainte-Marie : un témoignage sculpté du XVIe siècle, par Christian Coste, MA
L’église de Pont-Sainte-Marie, construite au XVIe siècle, comporte un ensemble de 14 stalles en chêne de grande qualité dont les miséricordes et les accotoirs sont sculptés.
Notre collègue Christian Coste s’interroge sur la provenance de ce mobilier qui n’a manifestement pas été spécifiquement réalisé pour l’église de Pont-Sainte-Marie.
Ses recherches l’amènent à penser qu’elles faisaient partie du mobilier de l’église des Jacobins de Troyes vendu en 1768, après la fermeture de cet édifice.

M. Coste souligne ensuite la qualité de la fabrication, rappelant le savoir faire des artisans spécialisés dans le mobilier liturgique : les maîtres huchiers du XIVe siècle auxquels ont succédé les maîtres menuisiers au XVIe.
Il rappelle, enfin, qu’au-delà de leur valeur artistique, les sculptures des stalles avaient un rôle pédagogique. Elles étaient élaborées selon des règles codifiées par l’église pour délivrer des messages moralisateurs à des fidèles la plupart du temps analphabètes, de sorte que leur ensemble constitue un véritable livre d’images chargées de sens.
Un sens aujourd’hui oublié, que Christian Coste nous invite à redécouvrir.



L’église fantôme de Marigny-le-Châtel, par Bruno Thommeray-Dumay, MA
« L’heure est grave ! » C’est par cette formule dramatique que notre collègue Bruno Thommeray introduit sa communication sur l’église de son village natal : Marigny-le-Châtel ! Une formule teintée d’ironie, car elle qualifie une situation moins grave que ce qu’elle laissait imaginer a priori: le mauvais état de l’église et les démêlés du curé avec le maire pour son entretien. En fait, une situation plutôt comique, à l’image des célèbres Don Camillo et Pepone !
Le curé, en l’occurrence, se nommait Albert Tarret. C’était un prêtre déterminé, entreprenant, que son évêque qualifia « d’apôtre inlassablement bon parce qu’inlassablement surnaturel ».

Image qu’il va justifier en décidant, de son propre chef, de faire construire une nouvelle église pour remplacer la sienne, qu’il juge vétuste et trop petite. Il recourt pour ce faire à deux personnages de grande notoriété : Henri Charlier, l’un des plus importants artistes chrétiens de l’entre deux guerres et le célère moine architecte Dom Bellot. Las, notre bon père Tarret avait visé trop haut car le coût prohibitif du projet annihila ses velléités et l’église nouvelle ne sera jamais construite.
L’affaire se situait dans les années 1920 et ce n’est que près d’un siècle plus tard que notre collègue s’interrogea sur la nature du projet architectural de Dom Bellot, dont la démarche strictement personnelle et secrète du curé n’avait laissé subsister aucune trace localement. Ses recherches pugnaces l’ont finalement guidé vers deux Néerlandais qui avaient pu réaliser des copies des plans de l’église fantôme dans les archives du moine et lui permettre de nous en révéler aujourd’hui la nature



Les archives de Dom Bellot comportait aussi les plans d’une salle paroissiale commandés par le père Tarret, dont le projet sera également abandonné pour des raisons de coûts. Mais, contrairement à l’église, la salle sera construite dans les années 1930 selon des plans plus modestes, confiés à un architecte local.


En dépit de son caractère énergique, le père Tarret décédera de maladie à l’âge de 46 ans, le 24 janvier 1933, un an et demi seulement après l’inauguration et la bénédiction de la salle dont il avait conduit la construction dans des conditions rocambolesques, induites par le sempiternel conflit avec le maire !